Terra Economica s’impose comme un magazine durable
Monter un journal dédié au développement durable, totalement indépendant sur le plan éditorial, le tout sans argent et sans contacts, pourrait relever du fantasme. En faire un titre de référence, du délire. Pourtant, c’est la prouesse qu’ont réalisée trois jeunes journalistes désabusés du monde de la presse.
Terra Economica surfe plus que jamais sur la vague médiatique du développement durable. Protocole de Kyoto, Sommet de Johannesburg, Conférence de Bali, Grenelle de l’environnement… la problématique environnementale est devenue un phénomène de société. Le magazine nantais profite de ce contexte. Avec 180 000 visiteurs par mois sur le site internet, 50 000 inscrits à la newsletter et 8000 abonnés au magazine, Terra Economica s’affirme comme un acteur de poids dans la presse du développement durable. Depuis deux ans, les ventes du journal, qui est essentiellement disponible par abonnement depuis sa création en 2004, ont explosé. Signe de sa bonne santé, le magazine devrait lever un million d’euros avant la fin de l’année pour poursuivre sa croissance. Une coquette somme qui permettrait aux trois fondateurs de concrétiser leurs ambitions : faire de Terra Economica un journal de référence dans le développement durable. Pour cela, ils comptent diffuser le magazine en kiosque dans toute la France à partir du second semestre 2008. L’argent sera également dédié au financement d’une nouvelle formule : le mensuel passera de 44 à 84 pages. Par ailleurs, quinze recrutements sont prévus dans les prochains dix-huit mois, alors même que l’équipe actuelle se compose seulement de six salariés (pour une quarantaine de pigistes).
Ce développement inaugure « la phase de décollage » de Terra Economica, selon Walter Bouvais, l’un des trois fondateurs du journal et actuel directeur de la publication. L’argent rentre de façon significative, se réjouit-il. Le niveau d’activité a été multiplié par dix en trois ans ». Le chiffre d’affaires au premier semestre 2008 atteint déjà 130% du chiffre d’affaires de l’ensemble de l’année 2007. L’entreprise a équilibré son compte d’exploitation fin 2007, et Walter Bouvais prévoit qu’elle dégagera un bénéfice net à l’horizon 2011. Cependant, « tout peut s’arrêter dans six mois », prévient l’ex-journaliste devenu patron de presse. Le directeur de la publication reste lucide étant donné les difficultés rencontrées pour mettre son magazine sur de bons rails.
Au bout de 15 mois, les fondateurs suspendent la parution du magazine
2004 n’était pas l’année la plus propice au lancement d’un web-magazine, associant économie, social et environnement. Le secteur internet reste peu attractif pour les investisseurs du fait de l’éclatement de la bulle spéculative en 2001. La presse française est confrontée à une baisse continuelle de ses ventes. Et en plus l’économie ne captive pas les Français. Autrement dit, convaincre des investisseurs de miser sur Terra Economica n’est pas une mince affaire.
Le pari semble d’autant plus risqué que les fondateurs veulent bénéficier d’une indépendance éditoriale absolue. Un projet complètement fou ? « Un pari audacieux » préfère Walter Bouvais. « De nos jours, la logique marketing domine la logique éditoriale, regrette-t-il. Il y a un nivellement par le bas de l’offre éditoriale qui crée un mal-être dans la profession ». Le projet Terra Economica devient le moyen pour ces journalistes de recouvrer la liberté d’écrire. Pouvoir proposer les sujets de leur choix et sous l’angle de leur choix. Un rêve qui enthousiasmerait plus d’un journaliste ; ils sont trente à accepter d’écrire occasionnellement et bénévolement pour le magazine. Il ne restait plus aux trois associés qu’à persuader les investisseurs.
Une poignée d’entre eux sont séduits par le projet et injectent au total 130 000 euros. Ajoutés aux emprunts bancaires contractés par chaque associé et aux fonds levés auprès de connaissances, le capital nécessaire au lancement du site internet et du magazine Terra Economica est réuni à la fin 2003. Le premier numéro, qui se présente alors sous la forme d’un hebdomadaire de 12 pages en noir et blanc, paraît en janvier 2004. Mais quinze mois plus tard, les trois associés jettent l’éponge. Cent heures de travail par semaine, week-end inclus, et une vie personnelle mise de côté pendant plus d’un an : c’était trop ! Pourtant, deux mois plus tard, ils reprennent du service. Les centaines de mails de soutien envoyés par des particuliers (quatre cents en deux jours) leur redonnent du baume au cœur. Ce premier échec donnera un nouvel élan décisif au magazine.
Le créneau du développement durable devient porteur
Les trois Nantais vont aussi bénéficier d’un contexte plus porteur pour relancer Terra Economica. Internet est en plein boum : le nombre d’internautes explose et les médias on-line prolifèrent. Et le développement durable se popularise. Une occasion en or pour le magazine nantais. « Deux ans auparavant, les gens ne comprenaient pas bien notre projet, explique Walter Bouvais. On était en avance sur la société. Mais celle-ci a beaucoup changé entre-temps, elle nous a rattrapés. » Et les investisseurs également, qui désormais saisissent immédiatement la ligne éditoriale du journal. Fin 2005, les trois fondateurs récoltent 300 000 euros de fonds. Ils utilisent cet argent pour renforcer l’équipe rédactionnelle, composée d’une quarantaine de pigistes, et pour diversifier l’activité du magazine.
Car plus qu’un journal dédié au développement durable, Terra Economica est aussi une entreprise prestataire de services : elle organise des conférences, des formations (développement durable, journalisme), réalise et commercialise des dessins animés. Les fondateurs planchent également sur la création d’un festival cinématographique sur le développement durable et l’édition de livres à un euro. « Les activités dérivées représentent pour l’instant une part marginale dans le chiffre d’affaires mais qui va devenir importante dans les années à venir », affirme Walter Bouvais. L’ancien journaliste endosse parfaitement la casquette du chef d’entreprise soucieux de « faire grandir » Terra Economica. Pour preuve, la prolifération de magazines sur le développement durable, synonyme de plus de concurrence, ne l’inquiète nullement : « cela stimule l’équipe pour proposer de meilleurs sujets », assure-t-il. Parole d’homme d’affaires ou de journaliste ?
Humeur : il est très difficile de m’énerver, mais gare à celui qui réussira à me mettre en colère
Etat d’esprit : curieux et très communicatif
Santé : sportif, j’ai enchaîné foot, basket et karaté
Travail : étudiant en Master2 professionnel Information et Journalisme Economiques (Paris1)
Argent : plus que gagner beaucoup, faire un boulot émancipant (journaliste économique par exemple)
Citation : « un esprit sain dans un corps sain » (Mens sana in corpore sano, Juvenal)
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